Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 21:51
« Morphologie de Conte » est un essai de Vladimir Propp, paru en 1928. Propp était un folkloriste russe né en en 1895 et mort en 1970. Il a enseigné l’ethnologie a l’université de Leningrad (Saint-Petersbourg) . L’ouvrage montre une analyse structurale du récit du conte « fantastique » et précède les travaux de même nature  faits par Levy-Strauss peu après dans son décryptage de ce qui est au fondement  des sociétés humaines, de l’ethnologie et en particulier des mythes.

Ce livre me parait très intéressant pour mieux comprendre  la construction des histoires en général, des métaphores en particulier, mais aussi des racines profondes de nos cultures.  Pour moi, ça avait été une véritable « découverte », un agréable choc,   :D  lors d'un cours dédié à la construction d'histoire métaphoriques de comprendre l’intérêt d’intégrer une structure PNL au sein d’une métaphore. ça a été une sorte de révélation, en avance de phase dans mes recherches d’écritures personnelles, sur ce que pouvait être le structuralisme et son intérêt à la fois dans la compréhension des grands récits (paraboles, mythes, contes etc…) et dans les messages a faire passer lors de la construction de métaphores à visée thérapeutique ou même d’un roman "construit" vers un but, un message.

A l’aide d’un corpus important, de cent contes merveilleux, divers, d’origine russes, Propp a identifié une matrice dont, de façon surprenante, TOUS les autres contes merveilleux semblent être issus.

Avant Propp, nombre d’historiens, folkloristes etc… s’étaient attelés à la tâche de recenser et classer les contes. Mais le travail de classification s’était d’emblée heurté à la difficulté de trouver une méthode de classification.  Une classification fiable est l’un des premiers pas de la description scientifique. De la pertinence et de l’exactitude de la classification dépendent l’exactitude de l’étude ultérieure et les possibilités de synthèse et conclusion.

Des tentatives de classement dites « atomistes », « par sujets» (thème dans lequel se tissent les différentes situations – les motifs) , ou par éléments fixes , valeurs constantes essentielles trouvées systématiquement et éléments variables etc…   se sont révélées être rapidement des échecs car les limites  déterminées, n’étaient pas « étanches », trop larges ou trop petites,   plusieurs thèmes ou motifs prédéfinis pouvant se retrouver dans un même conte. Le nombre de thèmes, éléments fixes avait tendance par ailleurs à toujours s’accroitre pour répondre au besoin de classification d’un plus grand nombre de contes.

L’idée de génie de Propp (et de Ferdinand de Saussure en linguistique suivi de Claude Levy-Strauss en ethnologie) fut de s’intéresser à la morphologie, à l’analyse structurale de l’objet étudié. Le mot morphologie signifie l’étude des formes. En botanique, la morphologie comprend l’étude des parties constitutives d’une plante, de leur rapport les unes aux autres et à l’ensemble.  Propp nous montre dans cet essai que dans le domaine du conte populaire, folklorique, l’étude des formes et l’établissement des lois qui régissent la structure est possible, avec autant de précision que la morphologie des formations organiques.
Propp dans son ouvrage n’aborde pas la question de l’origine du conte mais cherche à savoir ce qu’est le conte. Il pensait que le travail de découverte de la spécificité du conte merveilleux, synchronique car invariant dans la forme,  devait précéder l’explication historique, diachronique (historico-génétique) de l’uniformité de sa forme.   Pour Propp l’étude de la forme des contes devait permettre de ce point de vue la comparaison par exemple de deux contes entre eux, d’étudier ensuite les liens entre le conte et les textes religieux comme les paraboles, comparer les contes folkloriques aux mythes etc…

Le résultat de l’étude des formes à partir d’éléments unitaires, appelés «  les fonctions »  fut stupéfiant. Ce qui changeait dans les contes c’était les personnages, leurs noms, leurs attributs, et ce qui ne changeait par c’était leurs actions/fonctions. En conclusion la trouvaille de Propp était que le conte prête souvent les mêmes actions à des personnages différents.    Dans l’étude du conte,la question de savoir ce que font les personnages est la seule importante; qui fait quelque chose et comment il le fait sont des questions accessoires.

Propp a déterminé que pour les contes fantastiques appartenant au folklore traditionnel, les fonctions étaient extrêmement peu nombreuses, alors que les personnages sont extrêmement nombreux.  C’est ce qui explique le double aspect du conte merveilleux : d’une part son extraordinaire diversité, son pittoresque haut en couleur, et d’autre part son uniformité non moins extraordinaire.

Propp a aussi découvert après avoir identifié [b]une trentaine de fonctions[/b] au total pour des centaines de contes, personnages, attributs que leur succession dans le conte était toujours identique. Tous les contes n’utilisent pas toutes les fonctions mais cela ne modifie nullement la loi de leur succession, leur séquence. L’absence de certaines fonctions ne change pas l’ordre des autres !

En résumé les grandes règles de l’analyse structurale du conte de Propp sont les suivantes :
1.    Les éléments constants, permanents, du conte  sont les fonctions (action) des personnages, quels que soient ces personnages et quelle que soit la manière dont ces fonctions sont remplies. Les fonctions sont les parties constitutives fondamentales du conte.
2.    Le nombre de fonctions que comprend le conte merveilleux est limité.
3.    La succession des fonctions est toujours identique (même si des fonctions peuvent être omises).
4.    Un ensemble de fonction systématiquement présente détermine un type. Tous les contes merveilleux appartiennent au même type en ce qui concerne leur structure.

Pour son étude Propp établit la liste des fonctions et détermine des abréviations utilisant les lettres des alphabets grecs et romains pour  mieux modéliser, observer et comparer les structures entre elles :

[u]Exemple de code : [/u]
Alpha : situation initiale
Béta (1, 2,3…) : éloignement des parents, mort des parents, éloignement des enfants …
Gamma (1, 2) : ordre , transgression
….
A – méfait : enlèvement, séparation, vol, mutilation, disparition, expulsion, meurtre etc…
« a » - manque : fiancée, être humain, objet, curiosité, argent, nourriture,
B – Médiation : appel, envoi du héros, ….
[  – Départ du héros
……
H – Combat : combat, compétition, gain, pesée etc…
……
J  - Victoire sur l’agresseur
K – Réparation du méfait ou du manque …
] – Retour du héros
Etc…


Ainsi Propp « code » la structure des contes analysés en Lettres et un conte pourrait par exemple être modélisé en  :
ABC [ FH – JK ] LM-NQ Ex U W° .

Propp mène ensuite  l’enquête à la recherche de la « forme pure » du conte fantastique, conte à partir duquel tous les autres pourraient être construits, il en tire une formule générique permettant a quasiment tous les contes de son corpus (~100) de s'y inscrire.

A la suite de Propp, Lévi-Strauss s’est attelé à l’analyse structurale du mythe en tentant d’en dégager plus que des structures mais sa fonction au sein des sociétés primitives.  Il considérait par exemple que le mythe était avant tout un instrument logique pour surmonter les antinomies (en tenant compte des particularités de la pensée primitive). La pensée mythique, comme il le disait allait de la détermination de deux termes contradictoires à une médiation symbolique progressive.  Les oppositions traitées pouvaient être « vie-mort », « nature-culture », « sur-mort des esprits – sous vie des héros », « vie ordinaire – vie extraordinaire » , « masculin-féminin », « haut-bas », etc…

En 1965, Greimas a proposé un modèle très intéressant qui fait la synthèse des travaux de Propp et des améliorations/compléments apportés par Levi-Strauss.
Il en tire une structure « générique » impossible a reproduire ici mais qui met en jeu 6 composantes reliées entre elles par des relations dites de savoir (entre destinateur et destinataire) , de pouvoir (entre adjuvant et opposant) et de vouloir entre (sujet et objet) .  Les nœuds du dénouement sont basés autour de notion de contrat (ex : rupture de contrat, établissement de contrat, réparation du contrat etc…) . Le modèle est extrêmement intéressant pour l’analyse des relations humaines et devait avoir valeur d’exemple pour les sociétés primitives. Ces mythes étaient  des leçons orales transmises du fond des âges, puissantes, reflétant l'inconscient collectif des tribus en voie de socialisation.  C’est une excellente leçon sur l’imaginaire de nos ancêtres et donc pour comprendre toujours mieux notre imaginaire, d'où nous venons.

Partager cet article

Published by Pale-rider75 - dans Littérature
commenter cet article

commentaires

dfsdfdsfsdf 16/04/2014

dfgdfgdfgdfghhbh

Profil

  • Pale-rider75
  • Explorateur des croyances en tout genre. Défenseur, à la manière de Voltaire, du rire et du doute en toutes circonstances.
  • Explorateur des croyances en tout genre. Défenseur, à la manière de Voltaire, du rire et du doute en toutes circonstances.

Liens

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -