Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 14:07
Take Shelter est une bonne surprise récente du cinema indépendant américain, fruit d'un jeune réalisateur de trente trois ans, Jeff Nichols. Curtis Laforche (interprété magistralement par un Michael Shannon halluciné) est un bon père de famille marié à une femme aimante et père d'une petite fille légèrement handicapée car sourde. Ils ont apparemment tout pour être heureux, une jolie petite maison, un travail, de bonnes relations sociales, des projets.

Mais, dès les premiers instants du film, le ciel s'assombrit dangereusement et des orages violents semblent sur le point d'éclater. De grosses gouttes de pluie jaunâtre tombent sur les mains de Curtis qui observe inquiet les nuages menaçants et les éclairs lointains. De curieux vols d'oiseaux, forment en l'air comme des signes, de mauvais présages. Puis Curtis est en proie à de violents cauchemars, toutes les nuits, dans lesquels la tempête est omniprésente et rend les humains et les animaux fous.

Ces rêves ont une influence très forte sur sa vie : Il les traite avec gravité, comme des avertissements, et est amené ainsi à se méfier de son chien et de ses meilleurs amis qui ont hanté certaines de ses nuits. La vision apocalyptique d'une tornade emportant tout l'obsède et, persuadé que celle-ci est imminente et qu'il doit tout faire pour protéger sa famille, il se met en tête de construire un abri souterrain dans son jardin : The Shelter.

Pour réaliser son projet délirant, il est amené à s'endetter, a emprunter illégalement des engins de construction à son employeur, à se mettre à dos la société à laquelle il appartient. Il finit par perdre son travail et ses amis qui le traitent de fou irresponsable. On réalise à ce moment à quel point la vie de la Middle Class américaine peut être précaire, reposant en un équilibre fragile sur l'emprunt et l'emploi.

La véritable héroïne du film est la femme de Curtis qui fera tout pour aider son mari, l'amenant à consulter psychologues et psychiatres pour le soigner, échafaudant des projets pour s'en sortir, ne le laissant jamais tomber. Curtis lui même est conscient qu'il a un peut être un problème grave - possiblement hérité de sa mère qui a été internée jeune car schizophrène et paranoïaque -. Alors qu'il continue ses travaux fous malgré tout pour "sauver" sa famille, il entreprends aussi des recherches en solitaire sur sa possible folie.

Là ou le film réalise à mon sens une prouesse c'est qu'il est très solidement ancré dans le "réel" celui d'une petite banlieue de l'Ohio, d'une famille traditionnelle, des réunions ouvrières ou rencontres sociales. Et de temps en temps il bascule dans la possible hallucination ou le délire du huis clos (dans l'abri lors d'une réelle tempête). Les manifestations climatiques extraordinaires semblent être métaphoriques des changements d'humeur de Curtis. Cet ancrage dans le "réel" fait que l'on peut assez facilement s'identifier aux personnages principaux, avec empathie.

Jeff Nichols d'ailleurs, accompagne avec une grande sympathie son "héros" dans le film, ne lui donnant pas vraiment tort dans son besoin viscéral de protéger envers et contre tout ce qui lui est le plus cher, sa famille, si coûteuses et risquées soient les solutions trouvées. La dernière scène, dont on se demande si elle est rêvée ou non, semble même donner ultimement raison à Curtis dans ce qui apparait à postériori comme prophétique.

Take Shelter, tout comme "La Route" de Cormac Mc Carthy ou Melancholia de Lars Von Triers, a bien sa place parmi les oeuvres apocalyptiques actuelles ou de sourdes menaces, hyperlibéralisme débridé, crise économique, crise climatique, catastrophes technologiques, menacent d'emporter dangereusement le dernier noyau social stable de l'époque : la famille.
Par Pale-rider75 - Publié dans : Films
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 18:11
Vu donc récemment ce film inattendu de la part de Cronenberg que l'on connait essentiellement pour ses films sur le Corps transformé ou exploré jusqu'aux viscères (La Mouche, Faux-Semblants) ou fusionné avec la Technologie (Videodrome, existenZ, ou le magistral Crash d'après l'oeuvre de J.G. Ballard).

Dans ce film presque calme à l'image de la Suisse ou de Vienne, et de la bonne tenue de rigueur des débuts du XXeme siècle, Cronenberg nous relate les débuts de la psychanalyse à travers la rencontre entre son fondateur, Freud, et celui - Carl Gustav Jung - qui de disciple et héritier potentiel, fera sécession avec son père spirituel. Au milieu de cette rencontre éclairante pour ceux qui s'intéressent au sujet, une jeune Russe d'origine juive, Sabina Spielrein aura son importance et sa part d'Histoire. Sabina est d'abord envoyée en Suisse par ses parents au Docteur Jung pour soigner une grave hystérie. Celui ci sera fasciné par cette patiente dont le corps exprime les contradictions et pulsions de façon spectaculaire. Progressivement guérie, elle deviendra son amante, et à son tour, après s'être séparée de Jung - malgré tout fidèle à sa famille - deviendra une psychanalyste réputée sous la houlette de Freud. Elle contribuera ensuite à l'établissement de la psychanalyse en URSS. Cronenberg utilise dans son film, l histoire de Sabina Spielrein, pour raconter les débuts de la coopération entre Freud et Jung, puis leur opposition progressive et enfin violente.


Freud cherchait en ce début de siècle à rendre la psychanalyse "fréquentable" à une époque ou elle était essentiellement vue comme émanant du milieu juif viennois. Jung, jeune protestant suisse, aryen, faisait figure de "gendre idéal" à marier a cette jeune Pratique prometteuse en recherche de respectabilité et de lettres de noblesse. Mais alors que Freud voyait essentiellement les problèmes psychologiques au prisme des refoulements sexuels surtout lors de l'enfance, et tentait de donner des fondements scientifiques expérimentaux à sa Science nouvelle, Jung apparaissait comme un mystique, fasciné par les figures religieuses, les phénomènes surnaturels, l'ésotérisme même, parlant d'un continent inexploré à découvrir.

Il y a quelques pépites à mon sens dans ce film qui me font dire que Cronenberg a traité d'un sujet qu'il connait très bien.

A plusieurs reprises Jung dit "que son métier est d aider le Patient a retrouver sa liberté". Dans une séquence du film, Freud envoie à Jung pour une thérapie l'un de ses élèves Otto Gross (excellemment joué par Vincent Cassel). Otto Gross est un tenant de la liberté radicale. De Patient il va progressivement se muer en thérapeute de Jung - et on voit ici les liens forts Patients-Thérapeutes qui font qu'une rencontre de ce type n'est jamais neutre y compris pour le thérapeute transformé par la Rencontre... C'est au contact d'Otto Gross donc que Carl Gustav Jung assumera son amour pour Sabina Spielrein, transgressant ainsi sa déontologie et ses principes vis à vis de sa famille.

Il est aussi intéressant de voir dans le film que la guérison de Sabina Spielrein passe par une forme d'acceptation de ses refoulements, en particulier du plaisir qu'elle a éprouvé en se faisant punir brutalement par son père et qu'elle va sublimer en une sexualité masochiste assumée avec Jung. La Guérison n'est absolument pas une Normalité ou un Conformisme de masse (Merci Cronenberg pour ce rappel !).

J ai lu plusieurs articles de critiques sur ce film et n en ai trouvé aucune vraiment bonne a mon sens. J'ai même lu que le film penchait en faveur de Jung dans l'affrontement alors qu'il m'apparait a moi comme rendant hommage à Freud : Sabina Spielrein est guérie par la méthode Freudienne, elle se rangera du coté de Freud, deviendra son élève et sera une psychanalyste d'obédience freudienne. Enfin, on comprend aussi à travers ce film qu'à cette époque particulière (qui n'est pas la notre - rappel à Michel Onfray...) la Sexualité et la Contrainte des Corps engoncés dans des postures et des vêtements très contraignants, la soumission forcée des femmes et des enfants, la sexualité réprimée par une Autorité violente patriarcale et religieuse sont les causes principales des problèmes, des refoulements que le corps des malades vont parfois exprimer "hors d'eux même" spectaculaire. On retrouve le Cronenberg cinéaste du Corps ici, dans l'expression du Corps enfermé par l'Epoque. Un travail impressionnant et fidèle a été donné au Costume, au Vêtement de ce début du XXeme siècle.

Enfin, et c'est quelque chose que je n'avais pas "vu", et peut être qui m'échappe encore car il est difficile de s'imprégner à grande distance de l'esprit d'une époque, celle d'avant la Grande Guerre qui semble déjà sourdre à travers ce qui apparait comme trop tranquille et contraint, comme l'Inconscient qui devrait top ou tard s'exprimer violemment malgré le contrôle impuissant du Conscient : Le fait que Freud soit juif et que la psychalyse soit vue comme une science juive pour les juifs, tirée du mysticisme juif. Sabina Spielrein elle même est juive et semble comme commettre un péché en ayant des relations sexuelles avec un aryen, avant de revenir dans le giron "familial".

Ce film, et c'est peut être pour cela que je l'aime beaucoup, fait l'apologie de la Liberté. La liberté n'est pas facile, elle doit se conquérir. Elle n'est pas forcément agréable non plus. C'est un film sur la possibilité de choisir sa vie, sur le Courage... et sans éviter la douleur. Ce n'est pas un film de confort.

Merci David Cronenberg d'avoir réalisé ce film inhabituel et partagé avec nous votre vision, et rappelé les fondamentaux, à savoir l'objet même de la Thérapie.
Par Pale-rider75 - Publié dans : Films
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 20:33

Par l’acte d’écrire, plus encore que la parole, les pensées confuses, encore embryonnaires en nous, prennent forme, consistance, vie. Par la possibilité posée de la relecture et  du re-travail, ces pensées  peuvent être ciselées, révisées, pour correspondre au mieux à ce que nous voulons le plus intimement exprimer.

 

Ecrire à l’argile des mots est un travail noble et porteur de grande potentialité comme celui d’un accouchement. Il peut être laborieux, douloureux ou rapide mais constitue toujours une libération.  On parle parfois d’écrivains qui « écrivent avec leurs tripes ». Métaphore appropriée pour signifier la douleur, le soulagement et l'engagement.


Le travail d’écriture est toujours thérapeutique. On écrit  pour soi mais aussi pour un autre ou pour des autres, souhaitant ou non un "retour".


L’acte d’écrire peut-être aussi dans des cas extrêmes vécu comme un exorcisme. J’aime beaucoup le film Paranoïd Park de Gus Van Sant , cinéaste meilleur que quiconque pour parler de l’adolescence. Dans ce film, le jeune Alex commet un crime sans le vouloir. Alors qu’il est monté dans un wagon de marchandise, un gardien le repère et veux le frapper. Pour se défendre, il lui assène un coup de skateboard. Le gardien tombe sur la voie et est « coupé » en deux par un train… Alex ne semble pas pouvoir « réaliser » complètement ce qui s’est passé durant cette scène traumatique et entreprends d’écrire dans un cahier ce qui lui est arrivé, comme si c’était une histoire autre, qu'il nomme  « Paranoïd Park » du nom du lieu où le terrible accident s'est passé.  Plus tard une amie d’Alex, Macy, voyant son désarroi lui conseillera d’écrire une lettre pour se libérer de ce qui lui pèse :  il suivra les conseils de cette dernière et déchirera les pages de son cahier pour en faire une lettre qu’il brulera ensuite sur la plage. Cet acte symbolique, cathartique, sera vécu comme une délivrance.


En tant qu’écrivain, donner vie à des personnages très différents peut être l’occasion de « pousser » ses propres contradictions  complexes et de voir en témoin  curieusement dépossédé  par ses créatures devenues autonomes par la magie de la possession littéraire, à quelles extrémités parfois dramatiques elles mènent.  Ainsi la naïveté quasi sainte et aveugle pourra elle être confrontée par exemple au cynisme le plus réducteur.  L’écriture d’un roman peut être l'occasion d'une réconciliation avec soi-même, d’une meilleure compréhension de ses propres tendances, d'une acceptation.


On peut écrire pour soi essentiellement, pour se clarifier, mais aussi pour souhaiter être lu, partager. Je crois qu’un véritable artiste écrivain écrit essentiellement pour exprimer quelque chose d’important en lui et que le public dans cet acte créateur n'est pas ce qui prime.  Bien sûr une bonne réception de l’œuvre lui sera agréable, mais mineure par rapport à son propre jugement de lui-même, à l'enjeu de l'enfantement de l'oeuvre. 


On peut écrire aussi avec des correspondants ou sur un forum public pour souhaiter être lu. Les réponses et les questions vont « obliger » à clarifier la pensée, à prendre position. Ce peut être là aussi un véritable travail thérapeutique et le fait même de pouvoir dans ses positions ou « profession de foi » être pris à témoin, recevoir un « feedback » va parfois aider à uhe prise de conscience, à une mise à distance, à une défusion émotionnelle, au deuil, et  permettre éventuellement un changement de comportement.


Ecrire pour soi, Ecrire à un correspondant, Ecrire a un groupe, avec ou sans feedback est  dans tous les cas un acte personnel très fort, engageant, qu’il faut considérer avec le respect qu’il mérite, comme tout acte créateur, pour sa potentialité de changement, de développement personnel.


Nota Bene : l’excellent magazine Wired a publié il ya quelques mois un article très intéressant sur les mécanismes de feedback comme moteurs du changement comportemental  et je pense que l’écriture avec feedback rentre parfaitement et de façon puissante dans ce cadre.

Par Pale-rider75 - Publié dans : Psychologie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 19:57

Une des phases essentielles de la Thérapie me semble relever de "l'Acceptation". Qu'est ce à dire ?

 

On a coutume de dire dans les thérapies brèves que ce sont les tentatives de résolution du problème - qui peuvent revêtir différentes formes - qui entretiennent bien souvent le problème.

 

C'est particulièrement vrai pour les émotions, sensations gênantes, ruminations, fatigues, douleurs  et autres gênes etc...

Lorsqu'elles apparaissent, les personnes par une réaction "normale" et une louable volonté de guérir, cherchent absolumment à les supprimer, à les faire disparaitre en faisant des efforts . Redoutant parfois par anticipation, régulièrement, que celles ci ne réapparaissent, et fassent irruption à leur insu. 

 

Comme le disait Montaigne dans "Les Essais", "Qui craint de souffrir, il souffre déjà de ce qu'il craint"...

 

Or, pour les pensées parasites par exemple, un certain nombre d'études ont montré - et l'expérience personnelle le prouve assez facilement - que plus on essaie de ne pas penser à quelque chose et plus on y pense en fait . Il est impossible de ne pas penser par exemple à un "éléphant rose", une fois qu'il a fait irruption dans un train de pensée. Comment le faire disparaitre quand il occupe déjà la pensée, cet éléphant rose dans le désert, même s'il ne correspond à aucune réalité ? 

 

Cette incapacité a controler nos pensées est due pour une bonne part à la "puissance" du langage, celui ci pouvant par "contamination" assez facilement mettre en relation des sensations, idées, événements divers, dont certains douloureux. La capacité d'association du langage peut assez facilement donc faire resurgir les fantômes par le biais des pensées associatives...Par exemple cette mère de famille en pensant au mot "Juin" dans un contexte particulier pourra subitement ruminer le décès de son père un mois de Juin d'une année précèdente auquel elle n avait pu assister et se sentir coupable...

 

Les stratégies personnelles de "contrôle" de nos émotions et pensées parasites s'avèrent totalement impuissantes, augmentant par effet de feedback le problème - c'est par exemple le cas de la personne hyper timide qui doit faire un exposé à l'oral et qui plusieurs jours à l'avance stresse, n'en dort plus la nuit, en se disant qu'elle ne doit surtout pas trembler et a peur de se retrouver ridicule en public du fait d'un "vide" lors de sa présentation etc... -

 

Cette pensée même, va amplifier le problème, et s'avérer auto réalisatrice dans la majorité des cas. Notre éducation, entrenue par le langage nous apprend ce "qu'il faut faire" en toute circonstance. Et nous avons tendance a suivre automatiquement ce que le langage nous dit, bien qu'il puisse nous faire perdre contact avec les conséquences désastreuses de ses prescriptions.  En entretenant par exemple des stratégies d'évitement des pensées et des émotions, contre-productives pour le développement futur. L'incitation a controler sa peur, sa colère, ses pensées percçues comme négatives, ses émotions douloureuses, s'apprend très jeune. Nous nous interdisons, pour faire bonne figure, à les montrer.  Cette rigidité, cette perte de flexibilité semble être un dénominateur commun aux troubles psychologiques.

 

 

Or, la présence d'événements psychologiques désagréables est propre à la condition humaine. On peut même dire que cette capacité a éprouver des émotions, qu'elles soient agréables ou désagréables, a une utilité qui a été sélectionné par l'évolution. Il faut prendre ces émotions, sensations, douleurs etc. pour ce qu'elles sont : des messages.

 

Ce n'est pas la présence d'événements psychologiques difficiles qui constitue le "trouble psychologique", mais plutôt la lutte permanente, incessante et épuisante contre ces événements qui "est" ce trouble. Ce qui peut différencier une personne "malade" d'une autre c'est ce "qu'elle fait" de ces événements psychologiques. Si la lutte contre les émotions et sensations est  sans fin, c'est son intensité épuisante  qui va faire passer de la douleur (composante inéluctable de la condition humaine) à la souffrance.

 

En tentant d'éviter la douleur par différentes stratégies d'évitements expérientiels, la personne va certes résoudre ses peurs, émotions génantes  à court terme, mais en se privant de réalisations importantes et salutaires pour elle à moyen et long terme. Elle va se priver de son potentiel de développement, libéré.  Bien sûr, tous les évitements ne sont pas pathologiques, mais il importe de se demander lors d'un évitement de quoi l'on se prive au final...

 

L'évitement peut donc conduire à une perte de flexibilité , à une diminution du répertoire comportemental et donc à une réduction de "possibles" qui peuvent s'offrir à la vie dans différentes situations potentes.

 

Il convient donc, lorsque l'on croit - comme moi -  que la thérapie vise essentiellement a augmenter les possibles des Patients à faire le maximum pour augmenter leur liberté de choisir en augmentant les comportements possibles pour qu'ils puissent mieux conduire et choisir  leur vie, et les aider donc à repérer, à débusquer ces évitements limitants. Et à leur démontrer les conséquences délétères à moyen et long terme de ces mêmes évitements.

 

La thérapie va sensibiliser le Patient aux conséquences de ses actes, de ses comportements. Elle va l'aider à mettre en perspective ses bénéfices à court terme (éphémères) par rapport aux bénéfices potentiels et supérieurs à moyen et long terme qu'il pourrait obtenir sans l'évitement - en acceptant volontairement l'exposition expérientielle à court-terme accompagnée par son inhérente douleur. En acceptant volontairement et sans l'éviter cette douleur.

 

Lorsque le Patient "comprend" qu'il ne débarassera pas de sa douleur  et de ses gênes et que le thérapeute ne peut rien pour lui à ce niveau là , il peut et il va, dans la majorité des cas, vivre une phase de désespoir.  Car il va réaliser que tous les efforts qu'il a menés jusque là, si louables soient-ils, ont été vains, et plus encore ont pu même entretenir le problème.  Le Patient a pu penser bien faire et il importe que le thérapeute fasse preuve alors de pédagogie et soit très présent à ce moment là de la thérapie pour montrer au Client que l'énergie dépensée dans son combat à éviter ce qui le gêne à court terme, pourrait "par l'acceptation"  distante de ses émotions et gênes, être récupérée et mobilisée vers "autre chose" qui ai vraiment du sens pour lui. Cet "autre chose", qui compte réellement pour le Patient, qui va pouvoir donner du sens à son existence, va être alors l'objet du travail commun du Patient et du Thérapeute, une thérapie sur le Sens et l'Action.  Le Patient va devoir d'abord faire douloureusement le deuil de son "combat" court-termiste contre ses émotions, pensées parasites, douleurs, et leur laisser la "porte ouverte" comme des visiteurs habituels, vus comme des éléments familiers, même s'ils sont très désagréables et apprendre à les reconnaitre, les observer, les laisser vivre sans les combattre. Ils se feront moins fréquents et intrusifs du fait même du lacher prise. La guérison ne signifie donc pas du tout la suppression des gênes, mais au contraire leur acceptation distanciée qui va permettre dans le temps leur réduction et leur "oubli" de plus en plus fréquent.

 

Accepter, au sens éthymologique "Acceptare" veut dire "recevoir". Il va falloir apprendre au Patient, è développer l'observation de lui même "comme un autre" et à accueillir ce qui se présente avec détachement .  Il s'agit d'apprendre au Patient a entretenir par rapport à ses événements personnels une "curiosité détachée comme celle que peut avoir un enfant pour un insecte enfermé dans un bocal".  (Nota : la philosophie orientale enseigne le détachement ( Cf bouddhisme) et un certain nombre de pratiques la mettent en oeuvre comme le Yoga ou la Meditation par exemple).

Cette acceptation va constituer dans bien des thérapies, le changement essentiel et nécessaire du Patient  vers la guérison. Un point de vue différent sur ses émotions et ses problèmes personnels va être possible par l'acceptation et l'observation fine de soi-même, un peu plus neutre. Equanime comme disent certaines pratiques. 

 

Je terminerai cet article par une métaphore sur les sables mouvants :

"imaginez que vous marchiez en terrain marécageux et que vous vous trouviez pris dans des sables mouvants. Si vous vous débattez et essayez vivement de vous sortir de ces sables mouvants, que va t-il se passer ?. Quand on cherche à s'extraire des sables mouvants en se débattant, le résultat est qu'on s'enfonce davantage et plus vite.  La meilleure stratégie consiste au contraire a ne pas trop bouger et à faire "contact" le plus possible avec la surface, à faire "corps" avec le sable mouvant dans un premier temps, en l'acceptant pour mieux s'en dégager progressivement "

 

L'acceptation est l'une de Clefs de la Thérapie.

 

 

 

 

 


 

Par Pale-rider75 - Publié dans : Psychologie
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 21:03


Un certain nombre de méthodes de manipulation reposent sur l'utilisation d'une tension sciemment créée par le manipulateur et sa résolution ultérieure apaisante. Le moyen utilisé pour faire baisser cette tension étant bien entendu l'objectif visé par la manipulation. C'est le cas par exemple de "La Porte au Nez", technique présentée précèdemment, en deux étapes, dont la première consiste en une demande exagérée, exhorbitante, mais qui est suivie peu après par une demande plus réaliste raisonnable. La première demande va faire monter une tension (liée au refus et à la culpabilité éventuelle du répondant) et la deuxième va permettre une baisse résolutoire de cette tension en accèdant à la demande réaliste.

Lors du début de ma carrière j'ai travaillé comme consultant international pour une société américaine et ai pu bénéficier pour l'occasion d'excellents cours de vente dont l'un avait pour acronyme SPIN (Situation, Problem, Implication, Need). Durant un mois nous nous sommes entrainés, lors de moultes jeux de rôles, à utiliser cette méthode pour simuler des ventes de solutions complexes. Il m'apparait aujourd'hui que cette méthode utilise par excellence la génération de tensions, les poussant à leur paroxysme, pour mieux les résoudre par la suite dans l'acception de solutions apaisantes.

En dehors de l'aspect rationnel et argumentatif de la vente où la raison est engagée, il me parait important dans cet exemple  de noter la séquence émotionnelle utilisée lors du déroulement de cette méthode, que je vais détailler ci-dessous.

S : Situation

Il s'agit là, lors de la rencontre initiale avec le client, de présenter les sociétés, de rappeler le contexte et l'objet de la rencontre, d'aborder les projets potentiels dans les grandes lignes.
=> Cette phase est émotionellement neutre, elle vise a établir le contact.

P : Problem
En questionnant le client sur ses projets, ses objectifs, ses besoins, sa situation, il s'agit de détecter des problèmes et de les mettre en exergue.

 

Exemple : "Le système est en sous-capacité, il y a des pannes répétées lors qu'il est trop sollicité. De plus les utilisateurs réclament des fonctionnalités supplémentaires. L'entreprise va se développer à l'étranger est il est important que la consolidation financière puisse se faire... Les coûts de communications doivent être maitrisés. Aujourd'hui chaque entité les gère de façon indépendante et nous n'avons pas de visibilité sur la facture globale..."
=> Cette phase ci crée une tension. Le vendeur identifie les problèmes et pose des questions supplémentaires sur ceux ci...

I : Implication
Le vendeur en demandant des informations supplémentaires sur la problématique va faire prendre conscience au client des conséquences du non traitement potentiel de ces problèmes. Il va ainsi les faire "mousser"...

 

Par exemple : "Le système est en sous-capacité ? Comment faites vous pour accueillir les nouveaux utilisateurs ? Que se passe t-il alors ?"  (il est probable que les délais soient longs, que les utilisateurs soient mécontents et peut être qu'une Direction interne cliente soit mécontentes des services fournis par la DSI...).

 

Le vendeur doit appuyer "là où ça fait mal" afin que son interlocuteur exprime pleinement ses besoins, et souvent par ce fait même en prenne pleinement conscience, transformant ainsi par la verbalisation ses besoins implicites en besoins explicites.
=> Cette phase est comme un accouchement, assez douloureuse, la tension va atteindre son paroxysme.  Le vendeur va faire "spinner" (tourner sur lui même) le Client autour de chacun de ses problèmes/conséquences.

 

N: Needs

Une fois les problèmes énumérés, et les besoins explicités par le Client lui-même, le vendeur va les reformuler un par un. La reformulation va être l'occasion d'obtenir du Client des séquences d'acceptation similaires aux "Yes Set" en hypnose.
Pour vérifier son efficacité dans cette phase, l'objectif d'un vendeur débutant peut être par exemple de "compter" le nombre de "oui" du Client...

Par exemple :
- "Si je comprends bien, il faut que d'ici Février la capacité du système passe à 200 utilisateurs simultannés pour la filiale parisienne avec des temps de réponse inférieurs à 1 seconde et une
disponibilité de 99%, c'est bien celà  ?"
- "Oui"
- "Et la transformation doit se faire sans interruption de service pendant les heures et jours ouvrés ?"
- "Oui"
etc.

=> Cette phase est une reconnaissance par le Client de ses besoins. Psychologiquement elle constitue déjà un fort apaisement car la situation problématique est acceptée et reconnue et le Client. Il a le sentiment d'être compris lors de la reformulation par le vendeur. Il peut ressentir un  sentiment de maitrise rassurant après l'inconfort précèdent. 

Une fois que le Client est passé par ces étapes, le Vendeur peut passer à ce moment à l'étape ultérieur d'ébauche de solution (s) proposée (s). Le Client est déjà préparé à écouter avec attention les propositions de solution qui vont l'aider à résoudre sa problématique en toute confiance et sécurité.  La participation maximale du Client dans la résolution de sa propre problématique va l'engager, le conduire à l'action et lui permettre de s'approprier la Solution proposée.

 

Il s'agit aussi d'orienter le Client vers l'avenir et de lui faire "voir" et "ressentir" le plus possible l'état satisfaisant après la mise en place de la solution (comme dans la futurisation hypnotique).



En Synthèse, le chemin émotionnel parcouru le long de cette méthode est :


- S - (Situation) :  Prise de contact ouverte - Emotion neutre
- P - (Problem) : Détection des problèmes et explicitation - Emergence du Stress
- I - (Implication) : Prise de conscience des conséquences des problèmes. Transformation besoins implicites en explicites - Montée crescendo du stress.
- N - (Needs) : Reformulation et acceptation des besoins. Sentiment d'être compris et début de maitrise - Apaisement
- S - (Solution) : Ebauche de solution - Passage à l'action et engagement du Client dans la construction de la Solution - Prise de confiance - Sentiment de sécurité, confort. Projection de soi
positive.


Cette méthode (SPIN) illustre à merveille, selon moi, l'utilisation de la tension suivie d'un apaisement dans la vente et la résolution de problèmatiques -éventuellement thérapeutiques . Je l'ai beaucoup utilisée au cours de ma carrière dans des situations de vente, de négociation, d'entretiens d'embauches et de traitement de problèmes que l on me soumettait. Je l'ai aussi utilisée lors de pratiques thérapeutiques, durant des phases d'anamnèse pour que le patient puisse ressentir suffisamment les conséquences d'un problème, ces conséquences dépassant alors par leur inconfort ce qui peut être dénommé "bénéfices secondaires" (bénéfices que le Patient a en "gardant" son problème).

Si elle est utilisée (et cela reste une manipulation) dans une intention "positive" et constructive face à des problèmes/besoins réels d'un Client ou Patient cette technique peut être vraiment un levier puissant de passage à l'action,  résolutoire.

La prise de conscience des besoins (implicites en explicites), l'acceptation et la reconnaissance de la situation (sans déni) ainsi que la transformation du stress en énergie positive orientée vers le futur agissent alors comme de véritables moteurs de changement. 

Par Pale-rider75 - Publié dans : Psychologie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Profil

  • Pale-rider75
  • Le blog de Pale-rider75
  • Homme
  • Cinéma Littérature Psychologie Sociologie Hypnose
  • Cowboy solitaire, explorateur des croyances en tout genre. Défenseur, à la manière de Voltaire, du rire et du doute en toutes circonstances.

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés